J’arrive enfin.
Cela fait déjà 5 bonnes minutes que je longe le
mur de l’enceinte et maintenant ma main pousse le portail rouillé qui se trouve
toujours entrouvert. La serrure est cassée et on ne le ferme qu’à la tombée de
la nuit. Je l’ouvre doucement, presque avec cérémonie, comme si le cri de ses
gonds était le cri déchirant d’une douleur lancinante si longtemps éprouvée et
jamais exprimée. J’avance en silence dans l’allée centrale. L’anarchie qui
règne ici contraste avec l’austérité du tracé des allées, droites, parallèles
et perpendiculaires les unes aux autres. Tantôt c’est une explosion de
couleurs, tantôt un maigre rameau, presque momifié, triste vestige de l’ultime
preuve d’amour déposée là.
Je m’avance vers toi et mon cœur se serre, chaque
pas alourdie un peu plus le poids que je porte et imperceptiblement, je
ralentis, les bruits s’atténuent, le temps semble s’étirer. Tu es là.
Depuis 3 ans que je viens chaque jour te rendre
visite, l’émotion reste la même, j’ai toujours autant de choses à te dire et
chaque jour, je repars avec le même sentiment de frustration, tant de mots me
viennent maintenant. Pourquoi seulement maintenant ?
Je m’assoie à côté de toi, je pose ma main sur
toi. Tu es si froid. Maintenant. Je déteste ce Maintenant, je voudrais revenir
à Avant. Au temps où je n’avais rien à te dire, où ma main restait dans ma
poche, où tu ne m’écoutais pas, où mes larmes étaient des larmes de colère et
mes mots, un discours de convenance.
Tu es parti.
Moi je suis là, à côté de toi.
Et
chaque jour, je te raconte ma journée et te demande si la tienne a été bonne,
ou quelquefois je reste là, silencieuse, et c’est souvent dans ce silence qu’un
sourire s’ébauche sur mon visage, le même que j’avais quand je pensais à toi et
que j’étais pourtant incapable de t’offrir en ta présence tant le quotidien
nous a fait perdre de vue ce qui nous unissait.
Tu es parti.
Moi je suis
toujours là.
J’attends depuis 3 ans et pour longtemps encore.
Le soleil commence à descendre, il me chauffe un
peu le visage, c’est si doux, comme une caresse, je t’aime. La stèle semble
aussi fier que tu pouvais l’être et son ombre s’étend jusqu’à moi, comme pour
me tendre la main et me dire «vient… »
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