jeudi 25 octobre 2012

A L OMBRE DE TOI




J’arrive enfin.

Cela fait déjà 5 bonnes minutes que je longe le mur de l’enceinte et maintenant ma main pousse le portail rouillé qui se trouve toujours entrouvert. La serrure est cassée et on ne le ferme qu’à la tombée de la nuit. Je l’ouvre doucement, presque avec cérémonie, comme si le cri de ses gonds était le cri déchirant d’une douleur lancinante si longtemps éprouvée et jamais exprimée. J’avance en silence dans l’allée centrale. L’anarchie qui règne ici contraste avec l’austérité du tracé des allées, droites, parallèles et perpendiculaires les unes aux autres. Tantôt c’est une explosion de couleurs, tantôt un maigre rameau, presque momifié, triste vestige de l’ultime preuve d’amour déposée là.

Je m’avance vers toi et mon cœur se serre, chaque pas alourdie un peu plus le poids que je porte et imperceptiblement, je ralentis, les bruits s’atténuent, le temps semble s’étirer. Tu es là.
Depuis 3 ans que je viens chaque jour te rendre visite, l’émotion reste la même, j’ai toujours autant de choses à te dire et chaque jour, je repars avec le même sentiment de frustration, tant de mots me viennent maintenant. Pourquoi seulement maintenant ?
Je m’assoie à côté de toi, je pose ma main sur toi. Tu es si froid. Maintenant. Je déteste ce Maintenant, je voudrais revenir à Avant. Au temps où je n’avais rien à te dire, où ma main restait dans ma poche, où tu ne m’écoutais pas, où mes larmes étaient des larmes de colère et mes mots, un discours de convenance.
Tu es parti. 
Moi je suis là, à côté de toi. 
Et chaque jour, je te raconte ma journée et te demande si la tienne a été bonne, ou quelquefois je reste là, silencieuse, et c’est souvent dans ce silence qu’un sourire s’ébauche sur mon visage, le même que j’avais quand je pensais à toi et que j’étais pourtant incapable de t’offrir en ta présence tant le quotidien nous a fait perdre de vue ce qui nous unissait. 
Tu es parti. 
Moi je suis toujours là. 
J’attends depuis 3 ans et pour longtemps encore.

Le soleil commence à descendre, il me chauffe un peu le visage, c’est si doux, comme une caresse, je t’aime. La stèle semble aussi fier que tu pouvais l’être et son ombre s’étend jusqu’à moi, comme pour me tendre la main et me dire «vient… »

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